Le carnet noir
Quand Jeanne arriva devant la maison, elle pensa d'abord qu'elle s'était trompée d'adresse. Le portail était plus bas que dans son souvenir, le jardin plus court, et la lumière, surtout, ne ressemblait à rien de ce qu'elle avait gardé. Elle resta un instant la main posée sur le fer froid, comme on attend qu'un visage parle.
Elle entra. L'air sentait la cire et le papier vieux. Sa mère était morte trois semaines plus tôt, à l'hôpital de Quimper, en regardant la fenêtre, et Jeanne n'avait pas pleuré ce jour-là. C'est en posant son sac dans le couloir qu'elle comprit qu'elle ne pleurerait pas non plus ici.
Sur la table de la cuisine, un carnet noir l'attendait. Il n'était pas posé négligemment ; il avait été préparé. Quelqu'un — sa mère, sans doute, dans ses derniers jours — l'avait placé là pour qu'elle le voie en entrant.